Assurer la sécurité des biens et des personnes est une compétence de l’Etat. Pourtant, les polices municipales se sont multipliées dans de nombreuses communes pour pallier les carences de l’Etat. Concrètement, cela signifie que les habitants de ces communes paient deux fois un service, une fois auprès de l’Etat par l’impôt sur le revenu et une fois auprès de la commune, par la taxe d’habitation.
Bien que le président de la République (ancien ministre de l’intérieur), a fait de la baisse de la délinquance une de ses priorités, les chiffres ne sont pas bons. Les violences aux personnes n’ont jamais été aussi nombreuses depuis 1996, première année prise en compte par l’observatoire national de la délinquance.
Une des conséquences est le recours à la vidéosurveillance, comme le fait le maire de Melun qui va investir 956 493 € HT (715 fois le SMIC) dans l’achat de caméras et l’amélioration du réseau déjà existant.
Or, l’argument avancé par les municipalités est, en premier lieu, la prévention du crime. Mais, le développement de la vidéosurveillance dans les espaces publics ne s’explique pas par cette seule raison. Elle a aussi un usage symbolique : rassurer les populations en montrant une preuve « visible » de la prise en considération de la sécurité par la municipalité.
Le recours à la vidéosurveillance par les maires repose sur quatre présupposés, d’après une étude réalisée par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (Vidéosurveillance et espaces publics - État des lieux des évaluations menées en France et à l'étranger) :
- la vidéosurveillance jouerait un rôle dissuasif permettant de diminuer la délinquance. Les délinquants potentiels reconsidèreraient leurs actes devant cette surveillance technique d’un espace et préfèreraient soit ne pas commettre de délit, soit le commettre ailleurs (sur ce point voir l’étude de Brown auprès d’une trentaine de délinquants). Dans cette perspective, la vidéosurveillance est considérée comme un « gardien compétent ».
- la vidéosurveillance aiderait à l’élucidation des délits et des désordres en constituant une preuve à charge en cas d’enquête judiciaire ou/et en aidant à l’arrestation de l’auteur de l’acte.
- la vidéosurveillance permettrait un déploiement approprié des forces de police. Elles pourraient ainsi se déplacer que lorsque cela est nécessaire et adapter leurs effectifs envoyés sur place.
- la vidéosurveillance aurait un impact positif auprès de la population, elle permettrait de diminuer le sentiment d’insécurité.
Des présupposés dont les évaluations montrent pourtant qu’ils ne sont guère fondés :
- bon nombre de comportements délinquants sont imprévisibles et liés à une nature impulsive, la vidéosurveillance ne dissuade pas par exemple de jeunes gens ivres de se battre à la sortie d’un bar.
- beaucoup de comportements sont indétectables par un opérateur qui doit surveiller un mur d’écran, car les « professionnels », comme les pickpockets intègrent les systèmes d’alarme ou de vidéosurveillance dans leurs procédés.
- si la vidéosurveillance peut servir à plusieurs types d’activités (terrorisme, gestion urbaine, trafic routier, aide au déploiement des forces de police) il est impossible de considérer que tous ces objectifs puissent être atteints au même moment et avec les mêmes opérateurs. Le risque est de considérer la vidéosurveillance comme une « machine à tout faire» et de ne pas lui donner d’objectif précis, de disperser les efforts et par conséquent de ne pas être efficace.
Par ailleurs, il n’existe pas d’étude complète sur la vidéosurveillance en France, un manque de données pointé dans un rapport du Sénat en décembre 2008 : « encore aujourd’hui, des évaluations solides manquent en France. Les principales études (…) ont été réalisées au Royaume-Uni et au Québec. L’institut national des hautes études de la sécurité, dépendant du ministère de l’Intérieur, pointe les difficultés pour trouver des critères et des indicateurs pertinents qui permettraient d’isoler le facteur vidéosurveillance parmi tous ceux qui peuvent expliquer des variations de la délinquance. »
Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, nous avons fait le choix, en conseil de mai 2009, de voter contre le déploiement du réseau de surveillance d’autant plus qu’aucune évaluation de ces dispositifs n’a été réalisée sur la ville de Melun depuis leur installation. Peut-être faut-il y voir la crainte des élus de faire évaluer des dispositifs à l’installation coûteuse dont les résultats pourraient apparaître comme décevants.